MARC SASTRE / publications

5 DANS L’ATELIER DU MONDE

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publié en 2000 aux Éditions Clapàs / Millau
isbn 2-907813-55-2
48 pages


L’HOMME INCARCÉRÉ, L’HOMME ALIÉNÉ…L’HOMME AU TRAVAIL.
UNE ANATOMIE DU TRAVAIL ÉCRITE SUR LES ÉCHAFAUDAGES, LES GRAVATS, ENTRE LES BRUITS ET LA POUSSIÈRE.


EXTRAITS :
(© Marc Sastre, 2000)


De la demeure au chantier il y a ce trajet que j’avale.
A la faveur de cet accroc dans la brume, en apnée dans l’habitacle, je consulte mes désirs, leur validité.
Accourant vers ce que je fuis.

***

Alors vite, enfiler cette peau de taches, de poussières, de brûlures.
Il faut chasser l’individu, n’en retenir que l’astuce.
Chasser l’individu, disposer de sa faim.

***

Quitter celui que je devais être, livrer l’autre à la junte des jours ouvrables, lui confier mon unique capital : ma vitalité.
Collaborer.Puis s’assoupir, sans entraves.
Non. Mes lèvres, givrées, et mon cœur, gourd, s’y refusent encore.
Dans l’atelier du monde l’être doit sourdre ; ultime recours.

***

Après tout, être n’est qu’une précarité.
Qu’ils emploient à capitaliser cette quiétude, si volatile.
Comme pour mieux défier les heures froides que les yeux pronostiquent.

***

Le soir venu on se replie, arc-bouté.
Les volontés s’étiolent, forcément la fatigue est une censure.
Mais quel secours espérer de nos mythologies factices ?
Le souper le sommeil l’aube complice.
Fort de mes rêves opulents, je me satisfais tant de mon indigence…

***

S’il n’y avait ce corps à dénouer
ce sort à élucider
pour justifier cette soif du chemin
cette soif de la peau.
La clameur sous les vents
sous les embruns
où le rire à la rage s’enlace.

***

Je suis à la recherche.
De l’élue de mes leurres, des sources où celle-ci s’abreuve.
Mes songes battent une prairie échevelée qui ne m’autorise qu’un dense buisson, résonnant de trilles, que la ronce n’émeut pas.
J’y déchiffre la nécessité des haubans qui amarrent nos demeures.

***

Je sais.
Que même si la nature a des raisons que nos sciences ignorent l’éclat de l’œil doit survivre au renoncement des paupières, à l’envasement de nos fleuves.
Comme une exception.

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