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4 RIEN QU’UNE CHUTE

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publié en 2003 aux Éditions n & b / Toulouse
ISBN 2-911241-27-4
37 pages


SOUMISE À D’IRRÉPRESSIBLES FORCES, LA VIE ENVISAGÉE COMME UNE CHUTE.



EXTRAITS :
(© éditions n & b, 2003)



Naître, apparaître aux autres.
Pour un temps se suffire à soi-même.
Ou presque. Si peu suffit alors.
C’est que si peu importe.
Le temps d’un ennui de circonstance pratiquer l’épure, faire face à l’adoration.

***

Naître, devenir quelqu’un.
Faire d’un achèvement un avènement, sous la garantie, la promesse d’un zénith à venir : chaque nouvel être est une flèche.
Mais aussi une chute en devenir, une putréfaction en herbe.

***

Des mains me secourent, des mains croyantes, que le doute maltraite.
Il faut bien embrasser une idée de soi, une idée du monde.
Hypothéquer pour le mieux.
Alors vivre, par défaut.

***

Nous nous voulions les derniers bastions de la révolte. Redoutant les mers d’huile qui glacent le sang, chaque jour se devait d’être un évènement. Du funeste futur d’une planète essoufflée accouchait notre raison d’être ; et maquisards imberbes, aussi arrogants qu’impuissants nous assignions l’espoir à la quarantaine.
Nos bivouacs extrêmes se devaient d’être étoilés. Amadouer la souffrance, encore. C’est que notre jouissance en dépendait. Suspendue aux lèvres rigides d’une vigie, la conviction de nos refus était pourtant parente de cette soumission que nous combattions tant.
Nous étions les derniers bastions de l’amertume.
Nous étions un Non!
Sans culture.

***

Je semai le froid sur les berges fertiles. Je tirai le vin du plus froid des aciers. Sur mon crâne dressés, d’indigestes épis. Le regard façonné d’une meurtrière, la colère comme acolyte.
Paria volontaire, j’ai connu l’ivresse de la sécession. Et vu les idéaux de substitution acheter ceux qui n’étaient que les mercenaires de leur propre soif d’absolu.
De cet ami exsangue, lardé de doutes, finalement drossé sur les berges
encrassées je ne perçu aucun cri, aucun appel à l’aide, aucun adieu. J’imaginai son retour, pavé des sourdes rancunes réservées aux sujets de la tentation.
Sa conversion.
Il devint un riverain paisible, un de ces propriétaires zélés, au civisme intéressé. Un petit porteur aux tatouages flétris.
Ainsi s’éteignent les révoltes, à force d’infidélités.

***

Toujours les mêmes oiseaux au ciel.
Toujours cette quiétude de la pierre au bout du jour.
Toujours le retour d’un fauve, vidé, irascible.
Toujours la même torpeur précédant le repos.
A l’écoute des messagers. Leur dévouement, leurs sédatifs à prescrire.
La lente agonie de l’innocence, en ouverture aux prochaines petites morts quotidiennes, quand mères et pères livrent l’enfant à la sournoiserie des protocoles.
Combien parmi nous ? Combien demain ?
Sous la coupe de l’indifférence, ou de la dévotion.
L’indifférence, la dévotion. Elles poursuivent le même but. Elles pratiquent la même violence.
Elles sont l’échec des prophylaxies de la civilisation.

***

Alors se lever, expectorer ce divin que l’on a enfoui en soi.
Se choisir, s’élire.
Devenir un non-sujet, à demeure sur l’arête de tous les possibles.
Pour son inconfort.

***

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Rédigé par marcsastre

26 janvier, 2007 à 8:37

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