2 LA MAISON VIDE

publié en 2005 chez PLEINE PAGE éditeur/Bordeaux et éditions n & b/Toulouse
ISBN 2-913406-14-9
48 pages
La maison vide est une chronique du lieu. De notre confrontation avec lui, des spéculations qu’elle fait naître en nous. Le lieu sous ses diverses formes : le territoire minéral, l’abri, le toit nécessaire, ou bien le cœur de l’autre, cette résidence qu’il nous procure à la faveur d’une intimité. Que pense-t-elle, ou que ne pense-t-elle pas, cette herbe que mes pas ont froissés ?
Tout est peut-être histoire de non-ordre, d’accommodements, de conciliations habiles et patiemment ajustées…
Les choses alors décolonisées, déshumanisées, reprennent un peu de cette souveraineté que l’homme leur arrache.
EXTRAITS :
(©n & b / Pleine Page éditeur, 2005)
Le sentier
la route
le couloir.
La profusion de mes pas
n’aura d’égal que celle de mes pensées.
Sur le dos des arbres.
Sous le dos des arbres.
Sur le ciel
arable mais épuisé.
Où le vent ne chante plus.
Mais le vent ne chante pas.
Chanter
c’est un exercice d’âme
un passe-lacet.
***
Le clocher signale midi.
Le moment de l’ombre courte
ombre atrophiée
quantité négligeable.
Sur la course de l’astre
sur la course d’une conscience
midi passe comme une flêche.
Pour les grands brûlés par le midi
par sa maxime
il suffira parfois d’une balle
d’un peu de gaz.
De quelques mots.
***
Je me retourne et la terre est une autre.
Je me retourne et quelqu’un s’élève
délivré de l’accroche des présences.
Pourquoi vivre ? disait un presque-mort.
Vivre sans vivre
permettrait de partir
sans regrets.
Mais partir sans regrets
ne serait pas vraiment partir.
Et il faut partir.
***
Il y a un moment où les yeux
dégoûtés
ne voient plus mais trouvent.
Une chose qui ressemblerait à un fond
un envers
un désert de langage
où la parole pourtant s’établirait
sans moment
sans mesure
sans gravité.
La niche du néant.
Comment revenir du néant.
De son intimité.
L’activité est là
elle en possède la carte
les muscles sont là
pour nous distraire du néant.
Mais on n’y déroge pas
on s’accorde juste une pause
avant d’y retourner.
***
Parfois le soir n’est rien de plus
qu’une journée atteinte.
Tendre les mains
gratter dedans
mais non.
Rien ne vient
rien ne veut.
Parfois le soir n’est que l’enfant
d’une journée démolie qui a décidé d’en finir là.
Et rien de plus.
L’intrusion d’un phare
d’une sirène obstinée…
Un cendrier plein.
Quand le soir n’est qu’un verbe incompris
auquel on a saisi des temps
imaginer ne pas imaginer demain
demain immédiat
un soir de santé.
Même la table ne bouge plus.
Alors veiller
sur ce qui ne se passe pas.
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