6 À PROPOS…
Texte écrit par Jean-Luc Aribaud au sujet de “SOIF”
Effectivement, ce livre superbe, rare comme le dévoilement de l’énigme qui nous amène à être véritablement nous-même, donne, ou plutôt offre la soif. Sa soif absolue d’humilité. C’est-à-dire ce mouvement de langue qui contraint l’âme et la chair à laper à la source fondamentale du vivre et du mourir, pour retrouver ce que nous pourrions métaphoriquement appeler une certaine transparence et que le réel, lui, désigne – maladroitement – par la stèle gravée : lucidité.
D’abord il y a un paysage : intérieur, extérieur, mais quelle importance ? et puis un homme, un homme et sa voix qui traversent ce qui nous fonde, nous fait et nous défait, pour accueillir l’être à venir. Ou l’avenir d’un être : l’enfant, l’éternel retour de l’enfant, comme une évolution cosmique revenue à son origine. À son point zéro, à son vide primitif. Car c’est de cela dont il s’agit : vidés, émondés, épuisés, le corps et l’esprit par les raclements et les usures du langage. Parvenir à ce dépouillement suprême, et se voir nu, enfin là, fumant la cigarette du condamné à vivre au bord de la rivière, sous les étoiles qui, comme l’homme, ne sont finalement que du temps.
Et Marc Sastre y va de ses outils, clouant aux mots la loi des désirs, les mécanismes sombres du destin, l’inutilité et la nécessité de l’amour, les limites de la solitude, les failles des mondes adultes, le grand écart fatidique qui nous sépare de l’autre, et de nous-même, toujours aux prises avec le corps, avec ces corps fantômes revenus de nos mémoires en lambeaux.
Alors, nihiliste, cette soif qui ne saura s’étancher que par elle-même ? Sûrement pas, puisque demeure le passé, le présent et le futur de cette langue insomniaque, de cette langue aux abois qui veille. Qui donc ? L’homme véritable. Et son âme et son corps reconquis.
Jean-Luc Aribaud, Toulouse, 2006.
Texte écrit par Philippe Dours au sujet de “LA MAISON VIDE”
Lors de ma rencontre avec les deux premiers livres de Marc SASTRE, Soif et Rien qu’une chute (éditions n&b), j’avais senti en cet auteur un prolongement - sorte de continuité spirituelle située quelque part entre Thierry Metz et Rilke - cette franchise telle, qu’elle n’engage non seulement le lecteur à examiner la constitution et le masque de sa propre personnalité mais témoigne en substance de la grande et brutale tendresse liant intimement cette sorte de livres aux structures même de la nature humaine.
Lucidité libérée, exacerbée encore avec ce nouvel ouvrage sans jamais me semble-t-il, céder au désir de confession ou d’exhibition, mais gardant toujours le trait d’union entre attitude lyrique et attitude (frisant parfois le naturalisme) de labeur ou paysanne.
Observation, décorticage et n’essayons surtout pas d’échapper à la réalité avec cet auteur !
Une fois c’est…Échec, réussite, satisfaction, frustration. J’ai imaginé …échos d’une dictature, des sales visages qu’elle nous donne… L’enfant nous repose de ça. Le corps de l’enfant c’est le corps absolu…la pudeur du marbre visité par le souffle de la vie (Soif), une autre…il devint un riverain paisible, un de ces propriétaires zélés, au civisme intéressé… ainsi s’éteignent les révoltes, à force d’infidélités (Rien qu’une chute).
La maison vide s’inscrit également sur les débris de la vie, dans un « Temps des lumières » où l’auteur aurait une nouvelle fois pourchassé les ampoules à coup de pantoufle dans une capacité à capter les réalités ultimes dans le noir absolu.
Une réalité brusque, une réalité floue, une déconfiture globale des représentations où la perspective (notre perspective ?) en prend un sérieux coup sous cette lumière couleur d’encre des paysages de Sastre.
Je me retourne et quelqu’un s’élève
Délivré de l’accroche des présences
Pourquoi vivre ? disait un presque mort
Vivre sans vivre permettrait de partir sans regrets
Mais partir sans regrets
Ne serait pas vraiment partir
Et il faut partir.
Au fond, ne s’agit-il pas dans son esprit de n’être jamais parfaitement heureux afin de n’être tout simplement jamais réellement malheureux ? Une manière unique de tenir les sentiments en respect pour mieux leur assener ses mots en pleine figure.
La succession des saisons et des générations reste pour Sastre le Lieu Mouvant de la condition humaine. En poète, sans faillir il le ravive, le symbolise sans cesse : comme un pays que les hommes voudraient à jamais impensable, à jamais oublié, à jamais perdu.
Philippe Dours, Toulouse, 2005.